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Aulas de retour « a casa »

Insatisfait chez les pros en Italie, le coureur cycliste roannais a signé au CR4C pour se relancer

Les vélos resteront au hangar aujourd’hui. Les dirigeants du CR4C Roanne auraient bien aimé que les coureurs fassent une petite sortie en ce jour de présentation de l’équipe, mais les routes verglacées interdisent toute tentative. Alors on reste bien au chaud, et on se met en tenue pour les photos officielles, sacrifiant dans la bonne humeur au strip-tease rituel.

Ambiance de début de saison, synonyme d’ambitions. Des ambitions, Alexandre Aulas en a toujours.

À 24 ans, le jeune natif de Roanne affiche la sérénité et le détachement de qui revient d’un long voyage. Un périple que la plupart de ses camarades du CR4C ne connaîtront jamais : deux ans dans le monde des professionnels. Un peu par chance, un peu par accident.

« Mes contacts avec AG2R n’avaient pas abouti. J’avais donc signé pour la saison 2008 au club amateur de Saint-Amand-Montrond. Mais le directeur sportif, l’ancien coureur Jean-Philippe Duracka, a finalement pris les rênes de l’équipe pro A-Style, basée à Côme, en Italie. Il m’a emmené dans ses bagages.

C’était parti pour deux ans d’aventure humaine ». De galères aussi. Car si Alexandre s’habitue vite aux sonorités de la langue et peut compter sur l’appui de ses copains Éric Berthou et Sébastien Fournet-Fayard, les autres français de l’équipe, la logistique ne suit pas vraiment.

« Nous n’avions pas toujours le staff nécessaire. À tel point que sur la Route Adélie, à Vitré, j’ai dû sauter dans un train huit minutes après l’arrivée pour regagner l’Italie. J’étais encore en cuissard. Je n’avais jamais connu ça chez les amateurs. Les Italiens sont vraiment cool ».

Un peu trop au goût d’Alexandre. Fin 2009, A-Style, devenue entre-temps Carmiooro, acquiert le statut de Continental pro, ce qui lui ouvre les portes des épreuves les plus prestigieuses, comme Milan-San Remo ou le Tour d’Italie, pour lesquelles n’importe quel Italien normalement constitué se damnerait.

Pourtant, même si ses dirigeants comptent sur lui pour 2010, le jeune Roannais hésite, prend le temps de la réflexion et… décide d’en rester là.

Suicide sportif ? « Non, juste l’envie d’exercer mon métier en France, dans de bonnes conditions ». Et comme les touches avec les formations pros de l’hexagone ne se concrétisent pas, Alexandre décide de rempiler chez les amateurs.

Et d’assurer ses arrières, en restant dans l’Armée de Terre, avec laquelle il est en contrat. « J’aurai dû prendre un congé sans solde si j’avais voulu faire une troisième année. Ça m’a fait hésiter ».

Aujourd’hui, le coureur partage sa vie entre Roanne et les environs de Draguignan, où il est caserné. Et n’ignore pas lâcher la proie pour l’ombre en quittant Carmiooro.

Mais l’objectif est clair : repasser professionnel en 2011, et en France, cette fois. « J’y crois. Roanne est le meilleur club amateur français, avec une structure sérieuse.

Et puis, j’ai bien travaillé, en effectuant 4 500 kilomètres à l’entraînement cet hiver ».

De quoi obtenir des résultats dès le début de saison. Pour qu’une échappée au Tour du Haut-Var et une victoire au Tour du Japon ne restent pas les seuls faits d’armes chez les pros d’un coureur qui a plus d’un argument à faire valoir.

Matthieu Lambert

Un pari osé

Si les qualités athlétiques d’Alexandre Aulas sont indéniables, son projet se heurte à la réalité des statistiques. Très rares sont en effet les coureurs français qui ont pu réintégrer les rangs professionnels après être redescendus à l’échelon inférieur.

En 1981, après deux années de purgatoire, Serge Beucherie avait fêté son retour au sein de l’élite par un titre de champion de France. Plus près de nous, Stéphane Barthe avait intégré en 2004 la formation Oktos, à l’issue de six mois en amateurs.

Denis Leproux, directeur sportif chez Agritubel l’an dernier, avait pour sa part attendu… neuf ans pour resigner un contrat, après deux années en demi-teinte chez Z en 87-88. Des exceptions qui confirment la règle : pour quelques rares privilégiés, combien de coureurs prennent un billet sans retour en redevenant amateurs ? « Il m’est arrivé de regretter ma décision cet hiver, reconnaît Alexandre. Mais maintenant, je me consacre exclusivement à 2010 ». Motivé et confiant, le Roannais ignore s’il continuera le vélo en cas d’échec en fin de saison. Et est enchanté de sa condition de militaire, qui lui assure des revenus fixes « pas comme en Italie », lui permettant d’envisager l’avenir avec confiance. Tous les cyclistes amateurs ne peuvent en dire autant.

article du progrès Loire / Haute-Loire du 02.02.2010
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